Skip to content

Un fleuron des forges ardennaises en quête de jeunes forgerons

Des élèves de l'Ecole de la 2e chance ont visité l'usine Brouet-Badré. Comme de nombreux sites du secteur, sa direction s'inquiète du manque de vocations.

"La population de forgerons est très vieillissante", expliquait jeudi la directrice jessica Capliez aux huit élèves de l'Ecole de la 2e chance venus découvrir ce site des Hautes Rivières. Une oppurtunité rare que les jeunes, âgés de 18 à 25 ans, semblent avoir goûtée à sa juste valeur.

Née en 1865, l'entreprise Brouet-Badré, "forge-estampage-mécano-soudure", est plus que jamais réceptive aux vocations. A ses débuts, au XIXe siècle, ses ateliers produisaient des marchepieds pour les hippomobiles. Aujourd'hui, les 14 salariés (en comptant le PDG) fabriquent des pièces pour la SNCF, Brouet-Badré étant l'un de ses fournisseurs historiques. Ce secteur représente 70% de son activité. L'usine fournit aussi des pièces forgées destinées aux abattoirs ainsi que des pitons d'escalade, des "broches", car la société est l'une des très rares entreprises de l'Hexagone à être certifiées pour cette production ultra-spécialisée (elle est reconnue par la Fédération française de montagne et d'escalade).

Autant de petits marchés que l'équipe parvient à préserver et à développer. Les actionnaires actuels sont les descendants des quatre frères à l'origine de l'usine. On les retrouve un peu partout en France, ils sont plus d'une quinzaine. "Ils ne veulent qu'une seule chose : la pérennité de la petite entreprise familiale", souligne Jessica Capliez, à la tête de l'usine depuis trois ans, après en avoir été la comptable. Sur la vingtaine de forges que compte le petit village des Hautes Rivières, deux seulement seraient dirigées par des femmes. Pour maintenir le chiffre d'affaires (1,2 million d'euros au dernier bilan), Brouet-Badré a investi 500 000 euros dans la construction d'un nouveau bâtiment. "Ici, il y a cinq ans, c'était un peu Germinal", souffle l'un des employés. L'informatisation a été développée et un nouveau chef d'atelier recruté. Les normes se durcissent pour obtenir les certifications nécessaires. Il faut repenser sans cesse la conception des produits pour les adapter aux nouvelles exigences.

Le premier métier de l'usine reste la forge. "Or nous n'avons plus que trois vrais forgerons, dont la moyenne d'âge est de 50 ans. Cela devient difficile de trouver un jeune"  explique la direction, "le métier leur semble peu attrayant". D'où l'intérêt de faire découvrir les ateliers aux élèves de l'Ecole de la 2e chance, dans le cadre de la Semaine de l'industrie. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître dans les Ardennes - dont le nom reste lié à ce savoir-faire -, le département manque désormais d'une formation de terrain, il n'y a plus de pilon consacré à la formation, ce que regrette Jessica Capliez.

Les forges Brouet-Badré vivent au rythme du bruit métallique et des vibrations de quatre énormes pilons. Devant le plus gros (celui de 1200 kilos), un homme en sueur muni de lunettes de protection tient fermement une tige d'acier rougeoyante à l'aide d'une longue pince. Il actionne le gigantesque cylindre à l'aide d'une pédale au sol. Le choc paraît terrible, répercuté dans tout son corps. Un geste répété des dizaines de fois au cours de la journée.

"C'est très instructif, explique l'un des élèves, Damien, j'apprends énormément. Il faudrait essayer pour voir ce que ça fait". Les employés sont presque tous polyvalents, pouvant aussi bien intervenir en presse qu'en peinture par exemple. Une dimension qui séduit deux des élèves présents.

L'entreprise est capable de répondre à des commandes minuscules, ce qui est une véritable force.

L'entrée de l'usine rue Comodo, est une vieille bâtisse en pierre. Le passant peut croire à une ancienne école ou au cabinet désuet d'une profession libérale. Il s'agit en fait des locaux de la direction et du secrétariat. Les ateliers s'étalent en profondeur derrière, presq ue invisibles depuis la rue. Au coeur de ces entrepôts, rangées avec soin sur deux grands rayons, dorment les 250 matrices qui forment le trésor de l'usine, sa bibliothèque en quelque sorte. 250 empreintes en creux dans des blocs d'acier dont les salariés se servent pour fabriquer leurs pièces.

 Article de Sébastien Laporte publié le lundi 6 avril dans L'Ardennais.