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Ils investissent dans leurs usines du futur

Pas moins de 72 entreprises viennent de bénéficier de subventions régionales pour se moderniser et être plus performantes. Ce sont des exemples d’optimismes dans un contexte difficile.

Lorsque la région Champagne-Ardenne avait lancé, au début de l’été, son appel à manifestation d’intérêt « Usine d’Avenir » en vue d’accompagner la modernisation des entreprises industrielles régionales, elle ne s’attendait pas à se retrouver avec 108 demandes dans sa boîte aux lettres à la rentrée. Tant et si bien que les élus, qui avaient prévu de consacrer 3 millions d’euros pour accompagner les efforts des entreprises, ont décidé d’ajouter, en commission permanente, le 17 novembre, 1,6 million d’euros supplémentaires à leur cagnotte.

Ainsi, pas moins de 72 entreprises ont vu leur projet d’étude et/ou d’investissement bénéficier d’un financement. Pour ceux qui s’intéressent à l’actualité économique, la liste des bénéficiaires de subventions, allant de 4 200 à 155 550 euros, est une mine d’informations. Elle révèle que même si les entreprises ne sont généralement pas enclines à investir en ce moment, il y a de belles exceptions. Celles qui misent sur l’avenir ne sont pas que des PME, ce sont aussi des petites « boutiques » d’une poignée de salariés.

Le plus gros investissement du dispositif est porté par l’imprimerie Le Sanglier, à Charleville-Mézières. Cette entreprise de 38 salariés, pour 11 millions de chiffre d’affaires, va recevoir une aide de 200 000 euros pour une dépense de 3,2 millions d’euros. Elle correspond principalement à l’achat d’une nouvelle presse offset sept couleurs. Avec cet équipement, l’imprimerie, qui fait partie des leaders du packaging haut de gamme en France, veut proposer à ses clients des travaux toujours plus pointus. «  Lorsque j’ai rempli le dossier, je n’y croyais pas, car notre société est solide, elle a de beaux bilans. Mais je constate que les politiques ont changé leur fusil d’épaule. Ils aident désormais les entreprises qui marchent bien, qui veulent se développer et qui ne cherchent pas à faire du capital  », explique Philippe Aergeets, PDG.

Automatisme Tôlerie Mécanique (ATM) à Carignan, dans les Ardennes, va investir 518 500 euros dans une nouvelle machine et recevra pour cela 155 500 euros de la région. Fournie par l’usine ardennaise d’Amada, cet outil de découpe laser dernière génération va prendre le relais de trois autres machines plus anciennes. Il sera capable d’aller chercher lui-même les feuilles de tôle, pourra travailler seul, éventuellement la nuit et le week-end. L’entreprise, qui travaille en sous-traitance, va gagner en souplesse et en réactivité.

Cet équipement va également permettre à l’entreprise de 37 salariés de faire des économies de gaz et rendre le travail moins pénible pour les opérateurs. «  La conjoncture est plutôt faible et c’est cette subvention qui nous a permis d’enclencher l’investissement  », explique Clément Attané, directeur d’exploitation.

Le fabricant d’abattants de WC, Olfa, à Signy-le-Petit, mise pour sa part 635 000 euros pour l’acquisition d’un îlot de quatre presses à bois automatiques. Ce nouvel équipement va permettre d’augmenter les cadences, de baisser les coûts de production et de réduire les opérations manuelles des opérateurs. La subvention de 63 500 euros a «  accéléré  » le projet d’Olfa «  dans une période où l’on n’est pas forcément motivés à faire des investissements  », explique le directeur d’un site qui affiche 6 millions d’euros de chiffre d’affaires pour 30 salariés en production.

Spécialiste de l’usinage et de la mécano-soudure, Fetrot Industry, à Remilly-Aillicourt, dans les Ardennes (43 salariés pour 4,7 millions d’euros de chiffre d’affaires), lance un programme d’investissement d’un million d’euros sur trois ans, qui permettra l’embauche de deux personnes par an. L’entreprise, récemment entrée dans le giron du groupe familial Texalliance, va moderniser sa ligne de production pour les marchés existants (machines agricoles, ferroviaires et TP) et créer une nouvelle ligne pour l’usinage de l’aluminium à destination du marché aéronautique. L’entreprise reçoit pour cela une subvention de 100 000 euros. «  On ne l’attendait pas, mais cela nous donne un super-bol d’air qui va nous permettre d’accélérer nos investissements  », explique Olivier Nicolle, président de Texalliance.

Ceva Technologie, à Vivier-au-Court (37 salariés pour 5 millions d’euros de chiffre d’affaires) va dépenser 275 000 euros (dont 75 000 euros de subventions) pour développer une nouvelle activité. Le spécialiste ardennais de l’injection plastique, fournisseur de rang 2 pour l’automobile, se diversifie dans la puériculture. Il a été choisi par la société Viéco pour fabriquer des biberons en plastique bio. «  Nous avons un personnel très compétent, prêt à s’investir. C’est un juste retour que les donneurs d’ordre nous fassent confiance  », explique Thierry Collet, PDG. Ceva va se doter d’une nouvelle machine associée à un robot et de machines d’assemblage et de tampographie.

Avec seulement 9 salariés, Moules et Modelages Choffat, à Nouzonville, fait partie des plus petites entreprises entrant dans le dispositif. Pour se doter de nouveaux outils de production, le fabricant de « modèles » pour la fonderie, investit 355 000 euros (dont 106 000 euros de subventions), soit pratiquement la moitié de son chiffre d’affaires annuel de 800 000 euros.

«  C’est un projet stratégique vital. Si on le fait, on atteindra peut-être un million d’euros de chiffre d’affaires. Mais si on ne le fait pas, on fera peut-être zéro chiffre d’affaires dans quelques années  », explique son dirigeant, Jean Catteau. L’Ardennais, pour ne pas donner trop d’informations à sa concurrence, ne dévoile pas la nature des équipements concernés mais explique qu’ils vont permettre de fabriquer plus rapidement et moins cher et d’apporter plus de services aux clients. Des collaborateurs vont monter en compétence et un poste sera créé.

Petit Poucet rémois face à des géants comme Knorr ou Maggi, le fabricant de mets déshydratés en poudre Somapro, à Reims, lance une première tranche d’investissement de 600 000 euros (dont 173 450 euros de subventions) afin de pousser plus loin encore son application du lean management, un ensemble de préceptes édictés par les ingénieurs de Toyota pour rationaliser la production.

Face à une concurrence espagnole notamment, qui bénéficie de coûts de main-d’œuvre plus faibles, l’entreprise patrimoniale de 44 salariés, pour 11 millions de chiffre d’affaires, veut produire plus de volume, pour moins cher, afin de se positionner sur de nouveaux contrats en grande distribution et en « food service ».

L’usine de fabrication de carrelage Manufactory Ever Grey, à Oiry, (Marne) lance un investissement de 2 millions d’euros (subventionné à hauteur de 100 000 euros) en vue de l’achat d’une nouvelle presse. Le groupe italien Gambini n’a pas lésiné ces derniers mois pour remettre à niveau cette ancienne usine de Villeroy & Boch, achetée en 2004, et qui a été immobilisée pendant 11 mois à la suite d’un grave incendie. «  C’est un projet résolument optimiste après la période difficile que l’on a connue  », explique le directeur de l’usine, Stéphane Pavlovic. Avec ce nouvel outil qui permet de produire plus facilement des dalles de grande taille, bien dans l’air du temps, le fournisseur des grandes surfaces comme des indépendants, veut enclencher un «  cercle vertueux  » lui permettant de produire de plus en plus de volumes, pour un prix de plus en plus bas.

Ces exemples variés d’investissements dans des machines plus automatiques, plus économes en énergies, moins pénibles pour les hommes qui les commandent, peuvent décevoir ceux qui espéraient voir dans le dispositif « Usine du Futur », l’avènement de site de production d’un nouveau genre. Le grand débarquement des robots ne se fera manifestement pas en un claquement de doigts ou à coup de subventions régionales éparses.

Article de Julien Bouillé par dans le journal l'Ardennais du 02 décembre 2014